DEUX CONFÉRENCES SUR LES ENJEUX DU BIEN-ÊTRE ANIMAL

SALON DE L’AGRICULTURE : DEUX CONFÉRENCES SUR LE BIEN-ÊTRE ANIMAL


Le Salon de l’Agriculture a ouvert ses portes du 25 février au 5 mars 2017 dans un contexte de crise économique pour les agriculteurs et d’inquiétude toujours croissante des consommateurs au sujet de leur alimentation. A la croisée de ces deux mondes, une problématique s’érige : la question du bien-être animal. Si l’on pouvait croire que le dialogue n’était ni envisageable ni désirable entre les différents partis concernés, c’est une tout autre position qu’il a été possible d’entendre lors des deux conférences sur le bien-être animal organisées le samedi 25 février dernier, jour d’inauguration du Salon de l’Agriculture 2017. Atlantic Santé vous propose une retranscription des propos qui y ont été recueillis.


1. Le bien-être animal


Conférence organisée par l’Académie de l’Agriculture Intervenant : Professeur Bernard Denis, professeur honoraire de l’Ecole vétérinaire de Nantes, Membre de l’Académie d’Agriculture de France, Président de la Société d’Ethnozootechnie


POSER LE DÉBAT. L’objectif actuel pour le bien-être animal est de faire le maximum pour réunir les tenants de toutes les positions autour de la table. Un dialogue pacifique doit avoir lieu sur cette question et les critiques formulées envers certaines pratiques doivent l’être de façon scientifique et objective.

Le bien-être animal est un sujet plus ancien que l’on ne croit. En effet, dès le 19ème siècle des débats sérieux et fermes avaient lieu sur la thématique du bien-être animal, comme en témoignent des ouvrages de l’époque. Aujourd’hui ce qui choque les consommateurs ce sont les trois pendants de l’élevage industriel :

– L’élevage de masse : notion de concentration, – L’élevage intensif : notion de productivisme, – L’élevage en milieu fermé : enfermement des animaux.

Mais au-delà de ces inquiétudes, le bien-être animal est parfois approché dans un discours excessif qui assimile les éleveurs à des tortionnaires. Ainsi, même s’il est nécessaire de reconnaître ce qui est contestable aujourd’hui dans l’élevage, parler de massacre (référence à Le grand massacre, livre fondateur de la cause animale publié en 1981) est une manière inadmissible de culpabiliser les éleveurs.


DÉFINITIONS. Pour aborder cette question de façon objective et scientifique, il faut en premier lieu la définir. On peut notamment citer une approche minimaliste et une approche maximaliste entre lesquelles existent une multitude d’autres définitions :

– Approche minimaliste : absence de maladies ou de blessures – Approche maximaliste : définition donnée par l’OMS de la santé humaine, avec introduction de dimensions psychologiques et sociales

Le Professeur Denis explique par ailleurs qu’une bonne définition est une définition qui apporte des éléments pratiques adaptés au quotidien de l’éleveur ; aussi cite-t-il en exemple la définition englobée dans les cinq principes énoncés par le Farm Animal Welfare Council en 1992 :

Les 5 libertés de l’animal :

  1. Ne pas souffrir de la faim ou de la soif (accès à eau et nourriture adéquate)

  2. Ne pas souffrir d’inconfort (environnement approprié)

  3. Ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies (prévention, traitement)

  4. Pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce

  5. Ne pas éprouver de peur ou de détresse

CRITÈRES D’ÉVALUATION. Pour répondre à ces définitions diverses, l’approche retenue se doit d’être multidimensionnelle et de comprendre différents critères parmi lesquels les critères physiologiques, comme le dosage des antibiotiques, et les critères comportementaux. D’après le Professeur Denis, ces derniers seraient particulièrement importants car ils permettraient d’observer objectivement les conditions de bien-être des animaux. Cet avis est d’ailleurs appuyé à la fin de la conférence par l’intervention d’un homme travaillant sur le comportement des chevaux ; chez les chevaux, un test à la caresse serait révélateur du bien-être de l’animal notamment vis-à-vis de sa relation aux hommes. Quant aux critères zootechniques, selon lesquels un animal qui ne souffre pas est un animal qui conserve ses capacités de productions, ceux-ci ne sont plus recevables, ayant notamment été mis à mal par l’émergence de races productivistes comme la Prim’Holstein.

Bien sûr, les éleveurs doivent reconnaître la légitimité de certaines questions liées aux pratiques de l’élevage tels que les mutilations, avec l’exemple de l’écornage et de la castration ; le stress social entre animaux, lié à la hiérarchisation dans l’espace de stabulation ; les interactions animal/homme et animal/environnement, avec notamment une insuffisance parfois de contacts sociaux ; les objectifs de production, pouvant avoir une répercussion sur la longévité des animaux ; la maîtrise de l’état sanitaire, qui est, selon le Professeur Denis, moins un problème actuellement par rapport aux précédentes décennies où l’on traitait le stress des animaux par les médicaments ; l’abattage et le transport des animaux, pour lesquels aujourd’hui la première des actions serait de respecter la réglementation.

CONCLUSION. L’ouverture du débat entre les tenants de tous les partis est une nécessité pour permettre un dialogue pacifique et constructif car s’il y a bien une chose à dénoncer aujourd’hui c’est la doctrine du veganisme. Enfin, le Professeur Denis évoque l’éthique de responsabilité, qui consiste à chercher à corriger les problèmes en fixant des objectifs réalistes pour les éleveurs.


2. Environnement, protection et bien-être des animaux : développer le dialogue entre élevages et société


Intervenants : éleveurs et animateurs CNE/INTERBEV/CNIEL

L’animateur introduit cette conférence-débat. Si d’un côté les éleveurs n’ont probablement jamais été aussi respectueux de leurs animaux, d’un autre côté jamais l’élevage n’a été aussi décrié ; cette tendance a commencé dans les années 90 puis s’est accélérée avec la crise de la vache folle. Il y a aujourd’hui un fossé entre les visions des éleveurs et des consommateurs.


Les deux éleveurs prennent la parole pour témoigner. Ils ont tous les deux compris qu’il fallait retrouver du lien et entrer en dialogue avec la société.

DEUX VISIONS. Le premier témoignage est celui d’une éleveuse du vendômois, elle raconte une anecdote vécue dans sa ferme qui résume bien le choc des cultures. Une stagiaire adolescente d’une semaine est venue dans leur exploitation familiale. Le premier jour, elle a déclaré ne pas jamais boire de lait car « les vaches sont maltraitées ». Il a fallu lui montrer l’exploitation, la faire participer aux tâches journalières et lui montrer que les vaches venaient chercher des caresses. Elle ne pouvait plus dire que les vaches étaient maltraitées. L’éleveuse se pose la question : que s’est-il passé dans notre société pour que des jeunes vivant à la campagne aient cette vision-là ?


IDÉES REÇUES. Le deuxième témoignage est celui d’un éleveur et animateur au sein d’INTERBEV. Pour lui, l’organisation de concertations avec des ONG environnementales est l’occasion d’ouvrir le dialogue, de faire comprendre les enjeux des agriculteurs et de voir s’il y a des points de consensus à identifier, car en réalité, les deux partis ne se connaissent pas assez. Par exemple cet éleveur se demandait personnellement si cela avait un sens de poursuivre l’élevage en France. Et loin des idées reçues, les ONG rencontrées ont montré leur adhésion à cette idée que les éleveurs ont un rôle dans le paysage français. Cet épisode a permis à l’éleveur de comprendre qu’il fallait chasser les idées reçues, des deux côtés, et notamment l’idée que tous les environnementalistes sont des vegans.


En conclusion d’une conférence riche en témoignages terre à terre, les deux éleveurs ont souhaité rappeler que pour eux, la meilleure pédagogie est celle qui se passe directement à la ferme : « il faut faire revenir les Français dans les fermes ». Il y a également un enjeu pour la formation professionnelle agricole, celle de faire prendre conscience aux jeunes éleveurs qu’il faut passer un peu plus de temps sur cette relation avec la société, car de nombreuses personnes n’ont plus conscience de ce qui se passe dans les exploitations.

Propos recueillis au Salon de l’Agriculture le 25 février 2017.


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